Saturday, May 14, 2011

Ils sont formidables ces Libanais

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Ils sont formidables ces Libanais, vraiment formidables. Ils s’agitent, ils s’excitent, puis retombent, se dégonflent comme le fameux soufflé sorti trop tôt du four.

Des visionnaires, ils sont, les Libanais, de fameux visionnaires. L’ennui c’est que leur vision ne va pas plus loin que le bout de leur nez. Nez qu’ils portent souvent raccourci à coup de bistouris salvateurs.

Le 13 Mars dernier, le vent des passions a encore agité les drapeaux. « Cette fois, ils ne nous auront pas, cette fois, c’est nous qui prenons le pouvoir » me répétait-on, galvanisé, enhardi, le verbe haut et le Lacoste rebelle. Avant d’aller, d’un pas décidé, changer à tout jamais le visage du mouvement du 14 Mars qui en avait bien besoin.

Depuis que s’est-il passé ? Rien. En quoi le visage du 14 Mars a-t-il changé ? En rien. Où sont donc passés tous ces réformateurs passionnés ? Ils font la révolution en Syrie.

Mais attention, pas en Syrie, ce serait trop décoiffant. Ils font la révolution en Syrie, au Liban, sur Internet, entre deux dîners et un déjeuner chez Paul, haut lieu de l’intelligence, à l’instar des Deux Magots, du temps des Sartre-Beauvoir.

En week-end, les orteils écartés au Sporting, un verre de rosé à la main, ils devisent sur le sort funeste réservé au tyran de Damas. « Ra’fat, une autre bouteille de Sunset et une assiette de frites ! » scandent-ils, le poing levé.

Rentré chez eux, ils se jettent sur Youtube, sur Facebook, sur Twitter.

Attention Bachar, tu vas recevoir une salve de 35 « like » ! Prenez garde les Assad, ça va twitter sur vos gueules ! Tremblez Baassistes, on vient de poster sur Facebook une vidéo Youtube, assortie d’un commentaire ravageur.

Et malheur à vous si vous ne suivez pas la danse. Gare à vos fesses si vous ne « likez » pas dans le sens du poil.

Pourtant, on ne les a pas beaucoup entendu ces guévaristes bien nés, lors de l’Occupation syrienne du Liban. Bon, c’est vrai, il n’y avait pas Internet. Mais il y avait les journaux, les livres, les films. Alors, où étaient-ils ?

Ah oui, ils faisaient des affaires en Syrie. Décidément, l’argent, comme le sang, n’a pas d’odeur.

Ils n’étaient pas nombreux ceux qui écrivaient, filmaient, dénonçaient, se révoltaient, se battaient. Ils n’étaient vraiment pas nombreux.

En attendant, il n’y toujours pas de gouvernement au Liban. Le 14 Mars, au lieu de profiter de la perte de crédibilité du 8 Mars, pour se poser en véritable alternative, ne fait rien, comme d’habitude. Et continue à nous servir des discours trempés à la sauce Bisounours.

La République sombre chaque jour un peu plus, ballotée entre les velléités divines des barbus et les ambitions aberrantes des orangistes.

Et que font nos hérauts, épris de liberté...?

Soyons réalistes, que peut-on attendre de ceux qui confondent combat politique et slogan publicitaire, et n’ont que Zadig et Voltaire pour toute pensée révolutionnaire ?

Quand je vous dis qu’ils sont formidables ces Libanais !


© Claude El Khal, 2011

1 comment:

Maissa Badreddine said...

je rie et je rie..
-pourquoi?
-Car c'est vrai.