Wednesday, March 21, 2012

Étonnant, non ?

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Quand une femme interrompt un homme qui parle et lui dit : « embrasse-moi », L’homme est flatté, convaincu que c’est la beauté de ses paroles qui a déclenché cette urgence passionnelle. Mais quand un homme interrompt une femme qui parle et lui dit : « embrasse-moi », la femme se vexe et s’écrie : « pourquoi tu ne veux jamais me laisser parler ? »

Étonnant.

Quand deux Libanais discutent sur une terrasse de café, et que l’un dit à l’autre : « Il faut les prendre très jeunes, puis les dresser à la main, selon nos goûts », parlent-ils de chiots, de chatons, de poussins, de veaux ou de chevreaux ? Non, ils parlent de filles bien sûr.

Saisissant.

Quand on sait que quelque part dans le monde il y a des femmes comme Marie-Claude Pietragalla, Kate Winslet, ou Aung San Suu Kyi, comment s’intéresser à nos jolies crevettes locales ? Passé le premier coup de sang du muscle copulatoire, le titillement fébrile de la semence dormante qui cherche toutes les opportunités de sortir voir le monde, on se rend vite compte que malgré la belle façade, l’intérieur est aussi palpitant qu’un supermarché de Kiev du temps des Républiques Soviétiques.

Confondant.

Quand ils parlent de droits de la femme, mais vivent dans des pays où les femmes n’ont aucun droit. Quand ils parlent de droits de l’homme, mais font l’éloge des régimes arbitraires où leurs enfants grandissent. Quand ils parlent de démocratie, mais prospèrent dans des monarchies absolues. Comment peuvent-ils oser venir nous donner des leçons d’humanisme ?

Inouï.

Quand la censure libanaise veut retirer d’un film une phrase anodine, on pousse des cris d’indignation, on se mobilise, on dénonce, on lance des pétitions, on crie au scandale, au terrorisme culturel, à la barbarie obscurantiste. Quand, suite à une campagne de boycott, Lara Fabian annule son tour de chant au Liban, on frise l’apoplexie, on sort drapeaux et banderoles, on lève le poing face aux légions liberticides et totalitaires. Mais quand Adel Imam, le comédien le plus populaire du monde arabe, est condamné par un tribunal du Caire à 3 mois de prison pour des films qu’il a tourné il y a plus de 10 ans, on se tait, on regarde de l’autre côté, on fait semblant de ne rien voir, et on se dépêche d’oublier.

Bravo.

Quand j’étais petit, on disait : tout est de la faute des Palestiniens, quand ils partiront tout s’arrangera. Mais les Palestiniens sont partis et le problème est resté. Puis on a dit : quand les Israéliens partiront tout s’arrangera. Les Israéliens sont partis mais rien ne s’est arrangé. Puis ce fut le tour des Syriens. On a dit : quand ils partiront tout ira mieux. Les Syriens sont partis mais tout va de pire en pire. Aujourd’hui encore on nous dit : quand Bachar partira tout s’arrangera.

Fascinant.

Quel est le plat national libanais ? Le hommos ou la tabboulé ? Quel est ce mets qu'on avale tous les jours, chaque jour un peu plus, matin, midi et soir ? La kebbé ou la mouloukhiyé ? Dont le nombre d'unités ingurgitées, toute une vie durant, dépassent de loin celui des falafels et des mana'iches ? Oui, vous l'avez bien reconnue : c'est la couleuvre.

Bon appétit.


© Claude El Khal, 2012

2 comments:

نجمة said...

étonnant oui

Anonymous said...

Le Liban - et pourquoi pas dire, toute la région du Bilad il Sham - a toujours été un pion joué par d'autres pays et pouvoirs. Bien sur, il y avait les environs 400 ans sous les Ottomans, avec de l'aide des Britanniques et les Americains à la fin. Mais l'erreur la plus grave et conséquente pour le Liban, c'était que le pays fut conçu par des colonialistes, les Français, avec un plan brilliant (sarcasme ici) de diviser la population entre confessions, donnant aux Chrétiens la majorité du pouvoir, lui disant qu'ils ne sont pas "arabes" mais Phoeniciens, différents (et plus puissants) l'un des autres. C'est évident (et bien sur un fait historique qui résonne encore) que politiquement c'était un ratage complet. La présence et occupation des Palestiniens, des Israelis, et des Syriens était seulement un symptôme d'un état faible. Presque 70 ans après "l'indépendence", et plusieurs guerres après, l'absence du confiance entre les sectes est encore palpitable; pas seulement dans la politique Libanaise, mais aussi pour nous visiteurs. Ca va améliorer seulement quand il y aura un rapprochement entre les sectes pour creer un Etat civil. Comment ça va commencer, qui sait. Avec tous les pays et militias qui font jouer le piston, peut-etre c'est seulement possible de faire des changements petits, peu a peu, pour mettre la pression au gouvernement.