Saturday, August 18, 2012

Petit mot prononcé à l’occasion du mariage de ma petite sœur, entre l’entrée et le plat principal

Pin ThisEmail This

Caline. Vaste sujet ! 

J’en ai des choses à vous raconter. Si vous saviez… Mais je n’en ferai rien. Non, je ne dirai rien. 

Je ne vous raconterai pas ce petit bébé joufflu, assis dans son youpala –vous savez, ces machins en plastique avec des petites roues où on mettait les bébé pour qu’ils bondissent en bavant comme des cons toute la journée…

Pas Caline.

Elle était là, dans son youpala, tel le faucon, à chercher du regard un objet qui pourrait lui plaire. Et dès elle en trouvait un, elle se précipitait. Tagada-tagada voilà les Dalton ! Tagada-tagada voilà les Dalton !

Et malheur à celui ou celle qui tenait l’objet convoité…

La plupart des bébés, quand ils veulent quelque chose, ils tendent leur toute petite main menue. Les plus mignons marmonnent un gargouillis adorable, et les plus chieurs se mettent à brailler comme des veaux qu’on égorge.

Pas Caline.

Caline ne tendait pas sa toute petite main menue, elle ne gargouillait pas, elle ne braillait pas comme un veau qu’on égorge. Caline prenait. Et si celui ou celle qui tenait l’objet tant convoité se faisait récalcitrant, cette douce et tendre enfant, frappait puis prenait. Si on en avait fait un film, on l’aurait appelé : « la terreur du youpala ! »

Je ne vous raconterai pas la petite adolescente dans les années de guerre.

Un jour de bombardement intensif, alors que les missiles sifflaient au dessus de nos têtes, et que les obus explosaient partout autour, on s’était tous bien sûr précipité pour nous cacher dans un abri aménagé dans la cave de l’immeuble. Tout le monde était là, les grands, les petits, les jeunes, les vieux, les hommes, les femmes, les enfants. Tout le monde…

Pas Caline.

Ma mère, qui est d’un naturel très calme et très stoïque dans ce genre de situation, me hurle : « Mais elle est où est Caline ??? Pourquoi elle n’est pas là Caline ??? Va chercher Caline !!! »

Je monte donc les marches quatre à quatre. J’arrive dans l’appartement. Dehors la pluie d’obus devient de plus en plus violente. Je rentre dans l’appartement. Je me précipite vers la chambre de Caline. J’ouvre la porte. Et là, je la vois… en train de faire de l’aérobic!

« Mais qu’est ce que tu fous ? » lui dis-je sous les sifflements des missiles et les explosions d’obus. Elle me regarde en souriant : « Yalla, j’arrive, j’arrive, j’ai presque fini ». Et elle continue sa gymnastique comme si de rien n’était !

Je ne vous parlerai pas de la jeune fille fraichement sortie de chez les sœurs –Eh oui, ma sœur était chez les sœurs…

La voie normale quand on sort de chez les sœurs, c’est : on décroche un petit diplôme (ou pas), on trouve un petit travail (ou pas), on fait un mariage avantageux (indispensable), puis on passe sa vie à promener ses Louboutin sur les grandes avenues du monde, à acheter d’autres Louboutin, et boire des thés exotiques dans des cafés chics.

Pas Caline.

Caline a fait ses valises, puis est venue se geler les miches à Paris. Et si l’hivers parisien avait eu des oreilles, il l’aurait entendu murmurer : Tagada-tagada voilà les Dalton ! Tagada-tagada voilà les Dalton !

Elle a pris Paris par les cornes, et a réalisé son rêve. Ça n’a pas toujours été évident. Ça a été difficile parfois, très difficile même. Mais elle est aujourd’hui ce qu’elle a toujours rêvé d’être.

Il n’y a pas plus beau et plus grand accomplissement dans la vie.

Je ne vous raconterai pas comment un jour, elle m’a appelé et m’a dit qu’elle venait au Liban avec son petit ami, Damien. Il faut préciser qu’il s’appelait en réalité Romain, mais comme j’ai une très mauvaise mémoire des prénoms, je l’appelais Damien. Caline avait beau me répéter : Romain, Romain... Rien à faire. Dans ma tête c’était Damien. Et puis de toutes façons pourquoi s’emmerder à se rappeler le prénom des gens quand on va les voir qu’une seule fois… ?

Ils sont donc venus au Liban. Et je les ai vu ensemble… J’ai surtout vu comment il la regardait. Et là, j’ai compris. J’ai compris qu’il allait falloir retenir son nom.

Ce jour-là, Damien était devenu Romain.

Vous connaissez tous la chanson de Renaud : « On choisit ses copains mais rarement sa famille / Y'a un gonze mine de rien qu'a marié ma frangine / Depuis c'est mon beau-frère alors faut faire avec / Mais c'est pas une affaire, etc. » Parce que oui, quand les sœurs se marient c’est en général avec des cons. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça. Il y doit y avoir une règle cosmico-karmique, ou un truc dans le genre. Le beauf est donc souvent, comme son nom l’indique, un beauf.

Pas Romain.

Le bougre est petit à petit devenu un ami. Mon ami. Et si vous me connaissiez mieux, vous sauriez qu’avec ma misanthropie chronique, ce n’était vraiment pas évident.

Et puis regardez-les comme ils sont beaux tous les deux ensembles. Regardez comme ils ont le sourire béat et quelque peu bêta des amoureux heureux. Regardez bien dans leurs yeux cette petite étincelle lubrique, qui nous laisse deviner que ce soir, après la fête, ça va risque d’être : Tagada-tagada voilà les Dalton ! Tagada-tagada voilà les Dalton !

Bref, je ne vais donc rien vous raconter de tout ça.

Je vais par contre vous donner les véritables secrets de l’amour et des couples épanouis. Je vais vous dévoiler la formule exacte et secrète de la complémentarité, de la complicité, et de la sexualité exaltée des mariages réussis.

Mais comme le temps qui m’est imparti est largement dépassé, ça sera pour une autre fois.

Je vais juste lever mon verre aux mariés : à Caline, à Romain, aux câlins, et à l’amour.

Je vous aime. 


1 comment:

Lara Youakim said...

SUPERBE, COMME TOUJOURS YA KOKI COQUIN:-)
KISSES