Wednesday, January 13, 2016

Marseille : on ne combat pas l’antisémitisme en se faisant tout petit

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Conseiller aux juifs de Marseille de ne plus porter la kippa, comme l’a fait le président du consistoire israélite de la ville en réaction à l’agression antisémite d’hier, est tout simplement idiot. Et contre-productif.

Non seulement ça ne résout rien mais ça dédouane en quelque sorte l’agresseur de l’enseignant qui en portait une. Comme si le port de la kippa était une provocation à laquelle a répondu le "déséquilibré" (appellation officielle). Ainsi qu’aurait pu l’être le port d’une croix autour du cou pour un christianophobe ou celui d’un voile et d’une barbe (sic) pour un islamophobe.

Si on pousse à l'extrême cette logique absurde, il va falloir conseiller aux maghrébins de se faire un défrisage et aux noirs de cacher la couleur de leur peau pour éviter toute agression raciste.

Et pourquoi pas, pendant qu’on y est, demander à toute personne au nez prépondérant d’aller vite le raboter au cas où, nourri d’imageries des années 30, un salopard quelconque la prendrait pour juive et par conséquent l’agresserait. Parce que pour l’antisémite de base, question tarin, un juif ressemble moins à Paul Newman (qui le revendiquait) qu’à Louis de Funès (qui ne l’était pas).

Quand j’étais ado, à Paris, je me suis parfois fait traiter de sale juif. N’étant pas juif, ne portant donc ni kippa ni autre signe extérieur d’appartenance au judaïsme, je n’avais donc rien fait – selon ladite logique – pour me faire verbalement agresser.

Mais étant visiblement originaire d’ailleurs, et ne répondant pas aux critères physionomiques de l’arabe selon le raciste moyen – en France, un arabe est forcément maghrébin – il fallait bien que le beauf de passage puisse me traiter de sale quelque chose. Sale arabe ne lui étant pas venu à l’esprit, alors bon : cheveux très noirs, type méditerranéen légèrement métèque, qui parle le français avec un accent légèrement chantant, donc juif, donc sale juif, CQFD.

Kippa ou pas kippa, quand un antisémite veut déverser sa bile, en parole ou en acte, il trouvera toujours une raison.

Le racisme, quelle que soit sa forme, ne se combat pas en s’effaçant, en s’excusant presque d’être ce qu’on est. Il se combat frontalement : je suis qui je suis et je t’emmerde. Les lois de la République sont avec moi. Et toi, tu pourras faire ce que tu veux, je ne changerai en rien qui je suis ou ce que je choisis d’être.

Il se combat aussi par la solidarité. La vraie, pas celle larmoyante et pitoyable qu’on nous sert depuis trop longtemps. Celle qui fait front, main dans la main, la tête haute, en rempart indestructible face à la bêtise et la haine. Quand un juif, un musulman, un chrétien, un noir, un blanc, un jaune, un vert ou un rouge est agressé, ce sont tous les français qui le sont. Et c’est ensemble qu’ils doivent répondre.

Pour en revenir à Marseille, ce n’est sûrement pas "conseiller aux juifs d’éviter de porter la kippa" qu’il fallait faire, mais bien le contraire : demander à tous les Marseillais d’en porter une, qu’ils soient juifs, musulmans, chrétiens, agnostiques ou athées.

Voir des kippas fleurir partout, sur toutes les têtes, aurait été la réponse la plus adéquate et la plus efficace à tous les racistes et les antisémites de France, de Navarre ou d’ailleurs.


© Claude El Khal, 2016

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