Sunday, April 17, 2016

Pour l’Ambassade de France au Liban, certains seraient moins français que d’autres

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François Hollande est au Liban. A cette occasion, l’Ambassade de France a organisé une rencontre avec la communauté française. Pourtant, nombre de binationaux Franco-Libanais n’ont pas été conviés.

Je ne prendrai pas la liberté de parler au nom des autres, ils le feront eux-mêmes s’ils le désirent. Je m’exprimerai donc en mon seul nom. Je suis libanais, mais je suis aussi citoyen français – immatriculé comme il se doit au Consulat de France de Beyrouth. Je suis écrivain, réalisateur, dessinateur et bloggeur. Mon dernier court-métrage a fait un petit tour au Festival de Cannes il y a quelques années, et mon blog a été cité comme l’un des plus influents au Liban. Pourtant, l’Ambassade de France n’a pas jugé opportun de m’inviter à la Résidence des pins afin de participer à la rencontre avec le président de la République. Peut-être qu’à ses yeux je ne fais pas partie de la communauté française du Liban. À moins que je ne sois moins français que d’autres.

Il est vrai que si j’avais été invité, je n’y serais sans doute pas allé. Je ne suis pas particulièrement friand d’invitations et les garden-parties guindées, nourries d’obséquieuses flagorneries et d’effusions de salamalecs, ce n’est pas vraiment mon truc. Mais c’était à moi qu’il revenait de choisir, d’accepter ou de refuser l’invitation, de me rendre ou pas à la Résidence des pins, et non à l’Ambassade de m’exclure d’office.

Je demande par conséquent, à travers cette note de blog, des explications quant à l’inacceptable ségrégation dont j’ai fait l’objet. Non, le mot n’est pas trop fort ! Que dit le Larousse ? "Ségrégation : nom féminin (bas latin segregatio, du latin classique segregare, isoler) Action de mettre à part quelqu'un, un groupe". C’est exactement ce qu’a fait l’Ambassade de France. Elle a sciemment divisé les ressortissants français entre ceux qui sont présentables et ceux qui ne le sont pas, entre ceux qui méritent de rencontrer le président de la République et ceux qui ne le méritent pas, excluant de facto ces derniers de la rencontre qu’elle a organisée entre le chef de l’État et la communauté française.

Il est vrai que j’ai été, et que je suis toujours, très critique à l’égard de François Hollande, et que je l'ai épinglé à plusieurs reprises, non sans un plaisir certain, sur mon blog et dans mes dessins. Est-ce pour cette raison qu’on a omis de m’inviter ? La liberté d’expression, qui est un droit fondamental inscrit dans la Constitution, ne serait-il pas applicable dans l’enceinte de l’Ambassade ? L’Ambassade de France serait-elle un territoire hors des lois de la République ? Cette ségrégation dont je fus l’objet était-elle en réalité un acte de censure ?

La question se pose et réclame une réponse.

© Claude El Khal, 2016


L'Ambassade de France au Liban l'a clairement écrit sur son compte Facebook: "Sur le perron de la Résidence des pins, François Hollande s'adresse à la communauté française." Qui compose donc cette communauté française? Et pourquoi certains en sont exclus?

7 comments:

Philippe Grondier said...
This comment has been removed by the author.
Philippe Grondier said...

Liberté d'expression, territoire hors des lois de la république, ségrégation! Quelle colère, et quel courroux! Tout ça pour une invitation qui, si elle était venue, aurait été ignorée? Je trouve tout cela bien compliqué.

Si cela te console, je te ferais volontiers partager mon expérience de plus-français-que-toi-parce-que-de-souche: je n'ai pas reçu non plus d'invitation et, pendant que les heureux élus twittaient et instagrammaient depuis la pelouse de la Résidence des Pins, je désherbais mes radis et mes carottes. Ce qui, a mon avis, était beaucoup plus utile ...

Claude El Khal said...

Je suis d'accord, les radis et les carottes sont de loin plus importants que tout ça. Mais c'est une question de principe -je sais, je sais, ce mot est désuet.

En fait, il y a une énorme différence entre une "réception" où l'Ambassade invite qui bon lui semble (ce qui est tout à fait normal), et une "rencontre avec la communauté française au Liban". Pour cette dernière, il est important de savoir selon quels critères les membres de cette "communauté française au Liban" ont été choisis. C'est la moindre des choses.

L'Ambassade aurait très bien pu se contenter d'une réception en "l'honneur du président de la République", personne n'aurait rien trouvé à y redire, moi le premier. Mais présenter ça comme "rencontre avec la communauté française"... On a le droit, sinon le devoir, de savoir pourquoi certains membres de cette communauté ont été exclus de cette rencontre.

Si j'avais été invité et que d'autres ne l'avaient pas été, j'aurai posé les mêmes questions. Encore une fois, c'est une question de principe.

Philippe Grondier said...

Mhhhh ... on va quand même pas faire une nuit debout pour ça, non? Surtout que nous savons que, finalement, ce genre d’événement est a la politique ce que OBAO est au bain: sur le moment ça mousse beaucoup beaucoup, et au bout de quelques temps on même oublié ce qui s'est passé.

Anonymous said...

Avec plus de 23000 bi-nationaux, la réponse est pas difficile à comprendre.

Helene BOYE said...

La multiplication à l’infini ce weekend par des franco-quelque chose de selfies avec le président Hollande m’a bien laissé songeuse quand on pense au score de Hollande aux présidentielles de 2012 au Liban !

Pour ma part, être français c’est chanter la Marseillaise sur le gazon de la Résidence des Pins le 14 juillet (la Résidence est ouverte à tous pour cet événement), c’est assister aux commémorations des 8 mai ou 11 novembre, ou celle du Drakkar et entendre les 58 noms de soldats un par un « mort pour la France » (vous pouvez contacter l’association des anciens combattants pour cela, tout est sur le net).

Bref, être Français c’est porter la France en soi !

Anonymous said...

Je crois que le point est bien de dire qu'un français vaut un autre français, quelle que soient ses éventuelles autres nationalités (du moins pour l'instant!), et les 23.000 francolibanais ont donc "vocation" à être considérés comme des français par l'Ambassade de France.
Qu'on n'invite pas tous les Français du Liban à l'Ambassade paraît une évidence, mais alors les critères de choix doivent être transparents et assumés.
Sans vouloir minimiser l'importance de tes radis, cher Philippe, la question du "faire France", qui se pose si fort en métropole ces temps-ci, passe sans doute aussi un peu par ces symboles et messages pas forcément positifs qui sont lancés, sans plus même s'en rendre compte, et il est bon que quelqu'un relève ces mauvais signaux... en espérant que nos responsables attachent plus d'importance à ces réactions qu'aux bulles d'OBao dans leur bain!