Wednesday, May 4, 2016

Pourquoi Beirut Madinati a déçu hier soir sur Al-Jadeed

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J’attendais beaucoup du passage des candidats de Beirut Madinati au talk show de Georges Salibi, hier soir sur Al-Jadeed. Mais j’avoue avoir été déçu. Et je ne suis pas le seul. Pourquoi?

Au delà du programme de Beirut Madinati que je soutiens sans réserves (comment ne pas le faire si on veut vraiment améliorer la vie des Beyrouthins – qu’ils soient originaires de la capitale ou non, n’en déplaise à la dialectique haineuse de la liste unie des 14 et 8 Mars, dont le slogan Beyrouth aux Beyrouthins n’est pas sans rappeler une certaine extrême droite française) ; au delà du programme donc, quelques questions importantes restent encore sans réponses.

La plus importante de ces questions a été posée par Georges Salibi hier soir lors de son émission : quelle est la relation de Beirut Madinati avec l’establishment politique ?

BM est présentée sur les réseaux sociaux et dans de nombreux médias non seulement comme une alternative à l’establishment politique, mais surtout comme une fronde contre cet establishment. Le principal argument utilisé par leurs supporters peut se résumer par la formule suivante: voter pour BM équivaut à débarrasser Beyrouth de l’establishment politique corrompu.

Mais est-ce réellement le cas ?

Plusieurs membres éminents de cet establishment soutiennent ouvertement la liste de Beirut Madinati. Parmi ces soutiens, des personnalités directement responsables de la crise des déchets qui empoisonne le Liban depuis le printemps dernier. Pourtant, BM n’a pas rejeté ces soutiens, mais les a embrassés, allant jusqu’à rencontrer les personnalités en question.

Par ailleurs, des rencontres moins médiatisées ont eu lieu avec nombre d’autres personnalités et chefs de parti, tous membres de l’establishment politique, sans que cela ne suscite le moindre émoi parmi leurs supporters qui pourtant continuent à utiliser l’argument : Beirut Madinati vs the establishment.

A la question posée par Salibi, les réponses données ont été très vagues, utilisant une langue de bois d’habitude réservée aux politiciens professionnels : on ne veut rejeter personne, on veut travailler avec tout le monde, notre projet n’est pas politique mais citoyen, nous voulons rassembler et non diviser, c’est le développement de la ville qui nous intéresse et non les débats politiques, etc.

Si l’on sait par ailleurs que le mot corruption est totalement absent de leur programme, pourtant extrêmement détaillé, et qu’ils opposent un refus catégorique à toute demande d’inclure la lutte contre la corruption au sein de la municipalité de Beyrouth parmi leurs promesses électorales, et de faire le bilan de du conseil municipal sortant, un tel flou est pour le moins inquiétant.

D’autre part, quand Georges Salibi a révélé que BM s’était retirée du débat entre les différentes listes prévu pour aujourd’hui à l’Université Saint-Joseph, la clarification apportée était pour le moins surprenante: vu que la liste unie des 14 et 8 Mars s’est retirée du débat, BM n’a plus de raison d’y participer, parce que son combat est contre cette liste qui représente l’establishment politique et non contre les autres.

Au delà de l’argument anti-establishment qui, nous l’avons vu, n’est jusqu’à présent pas très convaincant, reste le refus de débattre avec les autres listes concurrentes. Surtout avec l’autre liste anti-establishment et réformatrice, 'Citoyens dans un Etat', dont le polytechnicien Charbel Nahas est la tête de file.

C’est avec cette liste-là que le débat est intéressant, et non celui avec celle de l’alliance des 14 et 8 Mars. Ce dernier n’a, à vrai dire, aucun intérêt. Qui aujourd’hui peut prétendre croire un instant que cette liste a quelque chose à proposer, à part répéter les mêmes slogans, les mêmes mensonges, dont ils nous gavent depuis plus de dix ans ?

Par contre, un débat entre deux listes réformatrices, qui ont chacune une vision claire de l’avenir, est indispensable. C’est ce genre de débat qui manque cruellement à notre démocratie agonisante, et non le combat du Bien contre le Mal érigé en argument électoral.

Les élections ont lieu dans cinq jours, cinq jours pour que Beirut Madinati fasse oublier sa décevante prestation d’hier soir et convainque les nombreux Beyrouthins qui hésitent encore, à voter pour eux.

Pour ces Beyrouthins dont je fais partie, les discours émotionnels, les slogans prometteurs de lendemains qui chantent, ou les cris d’orfraie, n’auront qu’un effet contraire, surtout s’ils sont accompagnés d’accusations ou d’insultes en tous genres. Nous avons besoin de réponses claires, précises et détaillées. C’est une élection après tout, pas un match de foot.

Cinq jours sont largement suffisants pour convaincre ceux qui, comme moi, ne demandent rien de mieux que de voter et d’appeler à voter pour Beirut Madinati.


© Claude El Khal, 2016

Photo: source Facebook

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