Monday, July 18, 2016

Daech a revendiqué l’attentat de Nice, mais qui est responsable?

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Après le choc de l'effroyable attentat de Nice, après l'émotion et les larmes, vient immanquablement le temps des questions. Personnellement, j’aimerais n'en poser qu'une seule: comment en plein état d’urgence, le jour de la fête nationale, alors qu’une foule célébrait le 14 juillet dans un endroit réservé à cet effet, un énorme camion a réussi à s’approcher et à écraser la foule ?

Il est faux de comparer l’attentat de Nice à ceux de Paris

A part les différents modes opératoires des terroristes à Nice et à Paris, les circonstances ne sont pas du tout les mêmes.

Le 13 Novembre 2015, la France n’était pas encore en état d’urgence. C’était un jour comme les autres, le Bataclan était une salle de concert comme beaucoup d’autres et plusieurs concerts avaient lieu ce soir-là dans plusieurs endroits ; des terrasses remplies de monde, comme celles du 11ème arrondissement, il y en avaient partout dans Paris.

Dans une grande ville, il est pratiquement impossible de tout surveiller, de tout protéger. Si des illuminés ou des criminels décidaient de frapper au hasard, il est très difficile, voire impossible de les arrêter.

Le seul "événement unique", si je puis dire, était le match France-Allemagne au Stade de France auquel assistait le président de la République François Hollande. Mais l’attaque terroriste ne s’est pas concentrée sur le stade, qui fut une cible parmi d’autres. Elle a d’ailleurs été le mieux maîtrisée par les forces de l’ordre et, par rapport aux autres attaques qui ont causé un carnage, elle a fait le moins de victimes.

Ce 14 juillet, la France était en plein état d’urgence

Par contre, le soir de l’attentat de Nice, la France était en plein état d’urgence, décrété après les attaques du 13 novembre. La foule était réunie dans un endroit précis, la Promenade des Anglais, pour assister au très officiel feu d’artifice du 14 juillet. L’endroit aurait dû donc être ultra-sécurisé. Aucun véhicule n’aurait dû pouvoir s’approcher, sous aucun prétexte, à moins d’être scrupuleusement inspecté et fouillé.

Il est inconcevable de croire que les services de sécurité n’aient pu prévoir qu’une foule dense réunie en extérieur, dans un endroit précis, le jour de la fête nationale, puisse être une cible terroriste potentielle.

TF1 rapporte qu'“un dispositif de sécurité avait été mis en place mais le camion l'a contourné en passant sur le trottoir.” “Mais selon les informations de M6 et de médias anglais, le chauffeur aurait pu entrer dans le périmètre sécurisé en prétendant qu'il livrait des glaces”, écrit le Huffington Post.

La version de TF1 ne tient pas la route. Il est impossible de croire qu’un énorme camion blanc ait pu contourner un dispositif de sécurité, un soir de fête nationale, sans être remarqué.

Mais si, comme l'a rapporté M6, le chauffeur du camion avait prétexté une livraison de glace pour s’approcher de la Promenade des Anglais avant de se lancer dans son entreprise meurtrière, c’est encore plus incompréhensible. Sachant que lorsque le camion fut enfin stoppé et son conducteur abattu, la police y a trouvé de fausses armes de guerre.

C’est à dire que si le camion avait été inspecté et fouillé avant qu’il ne puisse s’approcher de la promenade, les fausses armes auraient été découvertes et l’attentat sans doute déjoué. Alors pourquoi, si cette version est vraie, quand le chauffeur a prétexté la livraison de glace pour s’approcher du lieu de son futur méfait, n’a-t-il pas été fouillé ?

De son côté, Le Monde raconte une toute autre histoire : "D’après les éléments communiqués vendredi en fin de journée par le procureur de la République de Paris, François Molins, Mohamed Lahouaiej Bouhlel est monté à 21 h 34, dans le quartier Auriol, à bord du camion qu’il avait loué trois jours plus tôt. Il est ensuite apparu à 22 h 30 dans le quartier Magnan, avant de prendre la direction du front de mer, où il a débouché à 22 h 45.

Il commence alors à remonter la promenade des Anglais, sur la partie laissée libre de circulation en ce 14-Juillet. Mais déjà, il mord sur le trottoir pour commencer à percuter des gens. Puis il atteint le point de barrage situé au niveau de l’intersection avec le boulevard Gambetta. Le seul qui se dresse en travers de son expédition funeste. « Il n’y a pas cinquante points de contrôle, confirme un syndicaliste policier de la région. Il y a juste un endroit où la circulation est bloquée, et ce n’est même pas un point de contrôle. Les policiers mettent une barrière et il a tout défoncé. »"

A en croire cette dernière version, l’endroit n’était pas ultra-sécurisé, comme l’ont prétendu le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur.

Alors, qui est responsable ?

Daech a revendiqué l’attentat, mais qui est responsable de l’inacceptable bévue sécuritaire, pour ne pas dire la faute grave, qui a coûté la vie à 84 personnes dont plusieurs enfants ?

Un terroriste est par définition un criminel dont l’objectif est de tuer le plus de monde possible, quand il peut, où il peut. C’est le devoir de l’Etat de protéger ses citoyens des actions potentielles de tels criminels. Il est parfois extrêmement difficile de le faire, comme nous l’avons vu plus haut avec les attentats du 13 novembre à Paris.

Mais dans le cas de Nice, l’attentat était prévisible, du moins potentiellement possible, et les mesures de sécurités auraient dues être draconiennes.

A la question de savoir si une faille avait pu rendre possible l'attentat, Manuel Valls a été catégorique, rapporte l’agence Reuters : "Non. Il y avait le même dispositif préparé, pensé au moment du Carnaval de Nice (...) au début de l'année, le même dispositif que pour l'Euro, et moi j'en ai assez qu'on remette en cause, non pas le Premier ministre ou le ministre de l'Intérieur, mais des forces de sécurité, les policiers, les services de renseignement", a-t-il dit.

Très bien. Monsieur Valls devrait donc pouvoir apporter une réponse claire à la question simple posée ici : comment en plein état d’urgence, le soir de la fête nationale, alors qu’une foule célébrait le 14 juillet dans un endroit réservé à cet effet, un énorme camion a réussi à s’approcher et à rouler pendant plus de 2 km sans être vraiment inquiété ?


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