Tuesday, March 7, 2017

Gloria Abi Zeid, coupable d’être honnête

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Au Liban, punir un fonctionnaire est aussi rare que l’eau dans les robinets au mois d’aout. Surtout si ledit fonctionnaire est ripoux jusqu’à l’os et qu’il n’en fiche pas une rame. Surtout s’il fait partie de l’applauditoir émérite d’un de nos leaders chéris.

Gloria Abi Zeid ne correspond pas à ce profil de fonctionnaire idéal. C’est une femme (horreur!) honnête (double horreur!) et compétente (triple horreur!) qui ne caresse aucun leader dans le sens de la calvitie. Elle a été saquée pour avoir fait son travail avec rectitude et professionnalisme.

Gloria Abi Zeid (ou Abouzeid, les deux orthographes sont acceptées) est directrice générale des coopératives au sein du ministère de l'Agriculture. Son crime : refuser de "signer des attestations de création de deux coopératives d'habitation qu'elle jugeait illégales", nous rapporte ce matin L’Orient-Le Jour. Du coup, notre cher ministre de l’Agriculture a décrété "le gel de ses prérogatives, lui interdisant de remplir ses fonctions".

Evidemment, aucun de nos leaders chéris n’est monté au créneau pour la défendre. Si elle était corrompue et avait profité du système pour se remplir le sac à main, on aurait surement vu une armée de sbires brûler des pneus et de politiciens invoquer l’entente nationale et la paix civile.

Seule une petite poignée ont osé la défendre. Surement des brebis égarées qui se sont écartées du chemin lumineux de la corruption institutionnalisée.

L'ancien député Jawad Boulos a dit à son propos: "Gloria est un fonctionnaire modèle. Elle est dévouée au service public. Son intégrité personnelle est incontestable. Elle connait ses dossiers et s'est toujours comporté de manière impartiale dans le respect de la lettre et de l'esprit de la loi."

Des qualités qui, aux yeux de son ministre de tutelle Ghazi Zeaïter, semblent être autant de défauts. 

"Un ministre censé garantir l'intérêt public et mettre fin au gaspillage réprime une employée modèle qui a voulu appliquer la loi et préserver les deniers publics", s’est indigné le président de la Ligue maronite, Antoine Klimos, avant d'appeler "les médias dans toutes leurs composantes à mener une révolution blanche contre l'esprit de corruption qui règne dans les services de l'État."

La naïveté de monsieur Klimos est touchante. Mais ne soyons pas bégueules et saluons l’idée de cette révolution blanche. Même si ça fait un bout de temps qu’on s’égosille à la réclamer dans la quasi indifférence générale.

On pourrait l'appeler The Gloria Revolution. Avouez que ça aurait de la gueule. Les médias du monde entier en feraient leur quatre-heures. Ça les changerait un peu des turpitudes trumpesques et des psychodrames fillonistes.

Mais révolution ou pas, il nous faut défendre Gloria Abi Zeid, parce qu’à travers elle c’est l’Etat et ses institutions qui sont mis à pied. Parce qu’à travers elle c’est nous tous qu’on insulte. Imaginez : un ministre saque une fonctionnaire parce qu’elle veut préserver l’argent public à l’heure où le gouvernement cherche à augmenter nos taxes.

Devant un tel culot, la seule chose qu’il nous reste à dire c’est khalas, la hone wou bass!


© Claude El Khal, 2017

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