Sunday, July 9, 2017

Les mercenaires de la contestation en campagne contre l'armée libanaise

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Dénoncer les dérives de la société et s’opposer à la politique du gouvernement est une chose, chercher à miner les instituions de l’Etat pour déstabiliser le Liban en est une autre.

La contestation politique et sociale est un devoir citoyen. Elle est indispensable à l’évolution de la société. Elle est aussi une belle preuve de patriotisme. On conteste pour changer, faire progresser et améliorer le pays qu’on aime.

Malheureusement, sous couvert de contestation, certains œuvrent inlassablement à décrédibiliser et à affaiblir les institutions de la République. Ceux-là sont des mercenaires, et n’ont que faire du progrès et du bien-être des Libanais. 

Il est souvent difficile de les reconnaître. Leur rhétorique est bien rodée et leurs techniques de communication redoutablement efficaces. Ils connaissent parfaitement tous les leviers émotionnels pour attirer la sympathie et l’adhésion des naïfs. 

Quelques détails peuvent cependant nous mettre la puce à l’oreille. 

Ces mercenaires de la contestation s’attaquent toujours aux institutions dans leur ensemble : "tous les députés sont corrompus, tous les ministres sont des voleurs", etc. Ce faisant, ils noient les véritables coupables dans l’océan du tous pourris.

En réalité, ils veulent que le ver reste dans le fruit. Pourquoi? Parce que la pérennité des problèmes les arrange. Les résoudre équivaudrait à les priver de tribune et à décroître l'influence qu'ils peuvent exercer sur l’opinion publique.

Par conséquent, ils s’opposent toujours à toute solution. Ils le font en mettant constamment la barre très haut, hors de portée, et en réclamant ce qu’ils savent être impossible à obtenir. Attisant constamment les sentiments de colère et de frustration d’un peuple à bout de nerfs.

Dans le marasme libanais, ils sont comme des poissons dans l’eau. Les crises sont leur oxygène et leur gagne-pain. Le mécontentement croissant, la corruption généralisée et le manque aberrant de vision de l’establishment politique sont les terreaux fertiles de leur épanouissement.

Leurs autres cibles de prédilection sont les institutions militaires et sécuritaires. Dans un pays comme le Liban, divisé en clans politico-confessionnels antagonistes, ces institutions sont les seules garantes de son unité et un barrage non négligeable à sa déstabilisation.

Elles représentent donc un obstacle de taille qu’ils se doivent de fragiliser.

Les mercenaires de la contestation s’illustrent aujourd’hui par leur campagne médiatique contre l’armée libanaise. Ils cherchent absolument à la décrédibiliser au moment où elle a enfin reçu le feu vert politique pour en finir avec la présence jihadiste au Liban.

L’objectif de cette campagne est simple : sous la pression d’une opinion publique accusatrice, obliger le pouvoir politique à retirer son feu vert, forçant l’institution militaire à renoncer à son projet de déloger Daech et Jabhat al-Nosra du jurd d’Ersal, près de la frontière syro-libanaise.

Comme par hasard, ils refusent catégoriquement le principe d'un retour des réfugiés dans des zones sécurisées du territoire syrien. Car si ce retour avait lieu, les jihadistes seraient privés d'un bouclier humain indispensable à leur protection contre les raids de l'armée.

Le font-ils par complaisance envers les organisations terroristes ou par complicité idéologique? Ni l’un ni l’autre. Leurs motivations sont plus subtiles et plus insidieuses.

Ce n’est un secret pour personne qu’al-Nosra est un allié officieux d’Israël et a longtemps été soutenu par l’Occident. Ses combattants présents autour du Golan occupé sont curieusement tolérés par l’Etat hébreux, et nombre de ses blessés sont soignés dans les hôpitaux israéliens.

On peut aisément deviner qu'al-Nosra doit rester au Liban parce que sa présence est un élément crucial de la stratégie militaire de Tel-Aviv. En cas de guerre, Tsahal pourrait attaquer au sud et à l’ouest par la mer, et les jihadistes au nord et à l’est, prenant les Libanais en tenaille.

Encerclé, ses voies de ravitaillement terrestres et maritimes coupées, pilonné par l’aviation et les drones, le Liban n’aurait d’autre choix que d’accepter les conditions israéliennes d’un cessez-le-feu.

Ces conditions seraient évidemment inacceptables pour une grande partie des Libanais. Le pays se diviserait de facto entre ceux qui veulent que la guerre s’arrête à n’importe quel prix et ceux qui veulent continuer à résister.

La tâche des mercenaires de la contestation consisterait alors à encourager le camp de la paix à entrer en conflit avec celui de la résistance, plongeant le pays dans une guerre civile.

Pour mettre fin aux hostilités, la communauté internationale n'aurait aucun mal à imposer à un peuple épuisé et meurtri les solutions qu’il a toujours refusé : l’implantation des réfugiés palestiniens et d’une partie des réfugiés syriens et la division du Liban en cantons confessionnels.

Cette analyse et le scénario terrifiant qui en découle ne sont pas le fruit d’une imagination fertile et légèrement paranoïaque. Mais celui d’une réflexion basée sur l’histoire du Liban et du Moyen-Orient des années 1960 à nos jours, sur l'observation des mouvements libanais de contestation, et sur l'étude des techniques du soft power, indispensables au projet néoconservateur du New Middle East.

Quoi qu’il en soit, le meilleur moyen de combattre un tel projet est de soutenir sans réserve l’armée libanaise dans son combat contre les terroristes de Daech et d’al-Nosra et demander au gouvernement de faire les choix douloureux mais nécessaires pour résoudre la crise des réfugiés dont souffre le Liban.


© Claude El Khal, 2017

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