Thursday, August 3, 2017

A quoi ressemblent les échanges sur Facebook

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Souvent, trop souvent même, les échanges sur Facebook ressemblent à des dialogues de sourds. On discute, on se dispute, on s’emporte, on s’énerve et puis finalement on se rend compte qu’on ne parle pas de la même chose.

Ça me rappelle ce dialogue que j’avais écrit en hommage au grand Raymond Devos.

- Je suis un chien qui suit.

- Non, on dit je suis un chien qui est.

- Mais non, ce n’est pas un chien qui est, c’est un chien qui suit, suit du verbe suivre.

- Mais comment peut-il suivre s’il n’est pas?

- S’il n’est pas suivi?

- Non, s’il n’est pas tout court.

- Je ne vois pas, un chien peut très bien suivre s’il n’est pas court.

- Mais non, qu’il soit court ou long n’est pas notre problème.

- C’est le sien.

- Evidemment.

- Alors je ne vois pas le problème.

- Mais si… Un chien peut-il suivre s’il n’est pas?

- S’il n’est pas quoi?

- S’il n’est pas.

- Comment?

- S’il n’existe pas.

- Tu veux dire : comment un chien peut-il suivre s’il n’existe pas?

- C’est ça.

- C’est un faux problème.

- Pourquoi?

- Parce que ce chien existe, puisque c’est moi.

- Ah c’est toi?

- Oui.

- Et depuis quand es-tu chien?

- Je ne sais pas… Peut-être depuis que je suis.

- Qui?

- Comment?

- Depuis que tu suis qui?

- Depuis que je suis moi.

- Non, on dit : depuis que je me suis.

- Je ne comprends pas, depuis que je me suis quoi?

- Depuis que tu t’es suivi.

- Mais je ne me suis pas.

- Qui suis tu alors?

- Mais je ne suis personne.

- Alors comment peux-tu être si tu n’es personne?

- Qu’est ce que tu racontes? Je suis quelqu’un mais je ne suis personne.

- C’est inouï!

- Quoi? Qu’est ce qui est inouï?

- C’est inouï parce que tu n’existes pas.

- Comment ça je n’existe pas?

- Tu n’es personne…

- Mais si… Mais je ne suis personne, du verbe suivre, enfin…

- Ça ne change rien au problème.

- Qu’est ce que tu veux dire? Je ne te suis plus.

- C’est normal puisque tu ne suis personne.

- Ne dis pas n’importe quoi.

- Mais si, suis moi bien…

- Je ne pense pas que je veuille te suivre.

- Pourquoi?

- Parce que je ne suis pas n’importe qui.

- Ça devient compliqué.

- À qui le dis-tu?

- À toi.

- Enfin bon, on va pas en faire un œuf…

- Non, on dit : on va pas en faire un plat.

- Oui, un œuf au plat.

- Ou un plat tout neuf.

- Ou un œuf tout plat.

- On en sort pas…

- Non…

- Et si on essayait?

- De quoi?

- De s’en sortir.

- Essayons, passe le premier.

- D’accord, tu me suis?

- Je te suis.


© Claude El Khal, 2017

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