Wednesday, January 27, 2016

Une solution à la crise des déchets au Liban existe, la voici

Pin ThisEmail This

Comme je l'ai déjà annoncé, My Beirut Chronicles va publier des opinions similaires ou différentes des miennes. 
Aujourd'hui : "Une solution à la crise des déchets au Liban" par Rima Tarabay, Vice Présidente de Bahr Loubnan et Présidente de Ecotown.

Situation des déchets au Liban le 27 janvier 2016 :
• Des centaines de décharges non contrôlées prolifèrent sur l’ensemble du territoire.
• Beyrouth et sa banlieue est la seule agglomération où le ramassage des déchets avait été fait de manière régulière. 
• Aucune politique de gestion de tri des déchets n’est mise en place par les autorités. 
• Des déchets toxiques enfouis durant la période de la guerre civile. 
• Le gouvernement opte pour la construction d’usines d’incinération.

Depuis que la population ne cesse d’augmenter, la gestion des déchets est devenue un des problèmes majeurs dans le monde d’aujourd’hui. La gestion des déchets n’est pas juste une question de collecte et de traitement, il s’agit de mettre en place une approche globale qui pourrait efficacement et à long terme, régler un problème de société de surconsommation.

Le Liban est un pays en voie de développement, ce qui le place dans la catégorie des pays où les déchets industriels sont moins importants que les déchets organiques : 40% pour 60 %.

Le traitement des déchets au Liban souffre de grande carence, principalement dans les régions éloignées de la capitale. Les méthodes de base pour le traitement des déchets solides comme l’enfouissement, la combustion des déchets solides et des déchets particulièrement nuisibles, batteries, vieux pneus, carcasses de voiture... ne sont pas mentionnées dans les textes libanais. De même il n’existe pas de plan à plus ou moins longue échéance pour la gestion des déchets solides, quelles que soient leur nature ou leur origine. Le tri est mentionné dans les lois les plus récentes mais pas le recyclage des déchets solides. Il règne beaucoup d’ambiguité et de confusion dans la distribution et la contribution des problèmes de planification et de traitement des déchets, cela en raison de la dispersion des compétences entre les différents ministères et administrations.

En 2002, la loi 444, dans son chapitre cinq, rubrique quatre, traite de la question des déchets à partir de la protection des sols et des sous-sols. Le conseil des ministres définit par décret avec le ministre de l’Environnement et les ministres concernés :

• Les conditions de choix et d’exploitation des lieux susceptibles de servir de centre de tri et de décharges des déchets ainsi que le choix du sort de ces déchets.

• Les procédures permettant au ministère de l’environnement de procéder au traitement total des déchets.

• Liste des déchets nuisibles et dangereux contenant des produits nocifs pour la santé publique avec interdiction d’importer ces produits, de les vendre, de les stocker, de les employer ou de les transporter à travers le territoire libanais.

• Liste des déchets pouvant être importés, vendus, stockés employés sur le territoire libanais.

• Modalités et conditions d’importation des produits émanent des déchets.La loi 444 stipule que tous lieux ayant subi des dégradations à la suite de travaux entrepris en non conformité avec la loi ainsi que les lieux pollués à cause des décharges à ciel ouvert ou de l’enfouissement non autorisé, sont soumis à la dépollution et à l’assainissement et cela aux frais des responsables de la pollution.

En date du 28/6/2006 le conseil des ministres approuve un plan proposé par le CDR pour la gestion des déchets, qui comprend cinq points principaux.

Quelques remarques ont été ajoutées. Une décharge ou plusieurs décharges sanitaires en fouille doivent être attribuées à chaque zone. Elles doivent avoir une station de tri et une usine de compostage. Les engrais de qualité, produits par le compostage doivent servir dans l’agriculture. L’entrepreneur, les ministères, les municipalités doivent mener des campagnes de sensibilisation auprès des citoyens (CDR 2007).

C’est dans la région du Grand Beyrouth que le plan susmentionné a été plus ou moins appliqué. Les différents gouvernements qui se sont succédés depuis 2006 ont malheureusement privilégié l’incinération à la mise en place du tri, recyclage et traitement des déchets.

Aujourd’hui avec la crise des déchets qui persiste depuis cet été, il est urgent de mettre en place une feuille de route pour une gestion des déchets à long terme et de manière durable.

1- Il faut urgemment et selon un décret nommer spécifiquement l’administration ou le ministère en charge de la gestion des déchets.

2- Je propose que l’on attribue cette responsabilité, au ministère de l’environnement, qui ne pourra en aucun cas être remise en question par aucune autre autorité.

3- Il faut que cela soit stipulé dans une loi car en 2002 cette responsabilité a été attribuée au ministère de l’environnement mais avec des restrictions.

4- La loi 444 doit être impérativement revue et mise à jour. 5- Le tri des déchets à la source (aux domiciles) doit être officiellement instaurée par le gouvernement et stipulée dans la loi. 6- Le recyclage, du papier, plastique et verre doit aussi être impérativement instauré dans la loi.

1- Mise en place du principe de recyclage des déchets en vue de réduire la quantité à enfouir. Mise en place de centre de tri de recyclage et de compostage.

2- Répartition du pays en quatre zones de service : respectivement les mohafazats du Nord et de Akkar, de la Bekaa et de Baalbeck, du Sud et de Nabatiyeh, du Mont Liban et de Beyrouth.

3- Politique de motivation des mairies qui suivront ses recommandations. Elles recevront une redevance qui leur sera versée à chaque tonne de déchets solides.

4- Les municipalités auront la charge de la collecte des déchets, et du transport aux différentes stations.

5- Les entrepreneurs prendront en charges l’étude et la mis en place des usines qui seront sous leur gestion pour une période de 10 ans contre une redevance sur chaque tonne traitée.

7- Tous les déchets dangereux comme ceux des hôpitaux, des usines, les batteries ...doivent être listés comme déchets ayant besoin d’un traitement spécifique non polluant des nappes phréatiques et des sources d’eau.

8- Les incinérateurs doivent être bannis, si ils ne sont pas utilisés pour produire de l’énergie

9- Le gouvernement et les associations (ONG) doivent mener des campagnes de sensibilisation pour la réduction des déchets à la source.

10- Une feuille de route claire et concrète concernant la gestion des déchets doit impérativement être mise en place et officialisée par le gouvernement actuel.


© Rima Tarabay, Vice Présidente de Bahr Loubnan et Présidente de Ecotown. Docteur en Géographie sur les questions de développement durable et plus spécifiquement de l’environnement. Thèse de Doctorat en 2011 à Paris IV Sorbonne, sur la Pollution au Liban Déchets, Eau et forêts : "Vers un projet sociétal libanais, l’environnement durable : une nouvelle citoyenneté ?"

1 comment:

Unknown said...

Moi je suis pour tes propositions. Je propose néanmoins deux trois autres idées:

1. Possibilité d'exporter les déchets aujourd'hui présents notamment en Egypte, sauf si le centre de Naameh rouvre pour une durée déterminée.

2. Réduction des déchets à la source, ça veut dire à l'importation, en exigeant que les commerçants importent des produits à déchets secondaires, notamment pour le packaging, limités. Aussi, encourager les importations de façon à satisfaire 110% de la demande et pas plus.

3. Encourager les entrepôts de stockage des produits, notamment alimentaires.

4. Ouvrir la liberté aux entrepreneurs de réaliser des contracts directs avec les municipalités sous tutelle du gouvernement.

5. Garder la responsabilité du transport des déchets avec Sukleen en vue d'un démantèlement de la société.


Je sais que ça reste entre nous, mais il faut comme vous avez dit une approche globale.

Merci,

Rami Bechara