Wednesday, July 6, 2016

Sur France 2, 13 secondes pour les 250 morts de Bagdad

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L’attentat de Bagdad qui a fait plus de 250 morts n’a eu droit au JT de France 2 qu’à 13 secondes. 13 petites secondes. Moins qu’une publicité pour lessive. 13 secondes reléguées presque en fin de journal, comme un banal fait divers.

"Un bloc de joie. Le bonheur est parfois aussi simple qu'un ballon rond". C'est par ces mots que David Pujadas a ouvert lundi soir le journal de 20 Heures de France 2", rapporte le site Pure Media. "Le journaliste de la chaîne publique est revenu d'entrée sur la large victoire des Bleus contre l'équipe d'Islande la veille au soir en quart de finale de l'Euro (...) Temps du traitement de cette actualité sportive : 2 minutes 30 secondes."

"David Pujadas a ensuite déroulé les sujets : la privatisation des aéroports de Nice et Lyon (3 minutes), la hausse du nombre d'offres d'emploi (3 minutes), l'annulation de l'université d'été du PS, les violences en marge des protestations contre la loi travail (3 minutes), le déplacement de Manuel Valls en Corse et la polémique sur les conditions de détention de Salah Abdeslam. Quand arrive la page internationale, David Pujadas lance deux sujets sur le Brexit, un sur l'assouplissement des impôts sur les sociétés et l'autre sur la démission surprise de Nigel Farage. Il évoque ensuite pendant 13 petites secondes l'attentat à Bagdad revendiqué par Daesh qui a fait dimanche matin plus de 213 morts dans un quartier commerçant, avant de lancer un sujet sur la façon originale dont la ville de Rotterdam lutte contre les embouteillages..."

>> Cliquez ici pour voir l'extrait du 20h de France 2

L'effroyable attentat de Bagdad a n’a pas été mieux traité dans le journal de 13 Heures : 25 secondes seulement. Dimanche soir, Laurent Delahousse en a parlé pendant 30 secondes. "Dans les grandes éditions, seul un sujet dans le 13 Heures de dimanche s'y est intéressé, écrit Pure Media. Un traitement éditorial a minima, étonnant de la part de la chaîne publique qui consacre habituellement beaucoup de place à l'actualité internationale dans ses éditions. Le lundi 13 juin, au lendemain de la fusillade dans la boîte de nuit gay d'Orlando qui a couté la vie à 49 personnes, David Pujadas revenait pendant 14 minutes sur cet attentat."

Contactée par Pure Media, la direction de la rédaction de France 2 "n'a pas souhaité commenter ce choix éditorial qui a ému de nombreux téléspectateurs, choqués de voir cette actualité très importante du week-end balayée en quelques secondes". Françoise Laborde, ancienne présentatrice de France 2 et ex-membre du CSA a dénoncé une "honte journalistique".


Courroucé par la publication de cet article et celui de Pure Media cité ci-dessus, Olivier Siou, Rédacteur en chef adjoint à France 2 - Service Politique, a réagi sur Twitter, précisant s’exprimer à titre personnel, "en tant que simple journaliste de France 2".


Quoi qu'il en soit, le sujet a bien été traité dans ce JT comme une information de seconde, voire de troisième catégorie. Il faut certes approfondir et donner aux informations le temps de l'analyse, mais la place d'une info dans un journal télévisé montre l'importance qui lui est attribué. Si le même attentat avait eu lieu – à Dieu ne plaise, comme on dit au Liban – dans une capitale d'Amérique du Nord ou du Sud, par exemple, aurait-il été traité de la même manière ? On peut en douter.

France 2 fait partie de France Télévisions dont le capital est détenu à 100% par l’Etat français. Elle est censée être indépendante, mais l’est-elle vraiment ? N’est-elle en fait que le reflet de la politique de l’Elysée ? Suite à l’attentat de Bagdad, François Hollande ne s’est pas fendu d’un discours ému comme après Orlando ou Bruxelles, Manuel Valls n’a pas fait une de ses petites colères télévisées. Sans doute quelques mots en passant, une condamnation du bout des lèvres. En 13 secondes peut-être.


Ce mépris envers les Iraquiens, et tous les Arabes en général n’est pas nouveau. Ce racisme – appelons un chat un chat – est politique officielle. Politique étrangère bien sûr. La fameuse politique Arabe de la France, si chère à de Gaulle, est bien loin. Abandonnée par Nicolas Sarkozy. Enterrée par François Hollande. Les Arabes, aujourd'hui, on les aime quand ils ont de l’argent, quand on peut faire des affaires avec. Mais les autres, tous les autres, on s’en fout comme de l’an 40.

L’antiracisme n’est qu’un discours de façade, un populisme, par définition trompeur, pour s’attirer voix et sympathies des Français originaires des pays arabes, surtout du Maghreb. On célèbre le Ramadan à la Mairie de Paris – laïcité dites-vous ? – mais on se moque pas mal des musulmans qui meurent en Irak, en Libye, au Yémen et en Syrie, où le groupe terroriste Jabhat el-Nosra – l'autre Daech – a "fait du bon boulot", selon l'ancien ministres des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Voilà des sujets qu’il aurait fallu aborder avec François Hollande lors de son passage au Liban ! Du moins si une certaine presse francophone libanaise avait fait son travail, au lieu de s’être empressée à reluire les prestigieuses pompes présidentielles, dans l’espoir d’une décoration, d’un sussucre quelconque.

> Ci-dessous : les images impressionnantes, filmées par un drone, du quartier de Karrada après l'attentat de Bagdad qui a coûté la vie à plus de 250 civils.

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