Saturday, September 10, 2016

Non Elie Marouni ne doit pas s’excuser

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Non, Elie Marouni ne doit pas s’excuser. Il ne doit pas s’excuser parce que déclarer que dans certains cas les femmes seraient responsables de leur viol est inexcusable.

Il ne doit pas non plus démissionner, parce que son mandat de député est terminé depuis belle lurette, et, comme ses 127 collègues autoprorogés, il n’a plus aucune légitimité. Peut-être pourrait-il demander l’asile politique à certaines monarchies pétrolières où, en cas de viol, on punit la victime pour adultère. Il serait certainement reçu avec les honneurs dus à son sexisme.

Elie Marouni, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un ancien ministre et député du parti Kataeb. Ce même parti qui a fait du droit des Libanaises l’une des priorités de son action politique. Et qui, par conséquent devrait immédiatement se séparer de son indigne représentant, s’il veut regagner en crédibilité. Il serait navrant, après avoir mené bataille pour la pénalisation de la violence domestique et l’abolition des crimes d’honneurs, qu’il devienne dans l'inconscient collectif le parti qui "justifie le viol".

Elie Marouni, donc, a participé à une conférence organisée par le Rassemblement Démocratique de la Femme Libanaise autour de la proposition de loi visant à abolir l'article 522 du code pénal. Cet article d’un autre âge stipule, entre autre, que le jugement prononcé contre l'auteur d'un viol est suspendu s'il épouse sa victime.

Selon les images disponibles, Marouni a commencé son intervention par une vanne – parce qu’évidemment rigoler un bon coup en parlant de législation liée au viol est très approprié – puis, sur un ton non moins rigolard il a parsemé le débat de saillies aussi absurdes que désolantes. Aurait-il chez lui un miroir déformant qui lui donne l’illusion d’être Yann Barthès ?

Il a terminé son intervention en déclarant : "Dans certaines endroits et dans certaines circonstances, quel est le rôle de la femme dans le fait de pousser l'homme à la violer". Propos qu’il a plus tard confirmé – en tentant de les justifier – au quotidien An-Nahar.



Au Liban, le viol on connaît bien. On ne connaît même que ça. Quand ce n’est pas des femmes ou des filles, c’est la Constitution, c’est la République, c’est les droits des Libanais et des Libanaises qu’on viole. Tous les jours. Inlassablement. Sans scrupules. Comme des bêtes en rut perpétuel.

Mais le viol physique d’une femme ou d’une fille est, sans aucun doute, de loin le plus grave, le plus abject. Les séquelles sont indélébiles. La blessure, profonde, ne se referme jamais. Le sang ne coagule ni ne sèche, pas plus qu’il ne s’efface. Comme la pédophilie, il n’a pas de circonstances atténuantes, et n’est en aucun cas excusable.

C’est déjà très compliqué de défendre les droits des femmes au Liban, avec une classe politique patriarcale, phallocrate et sexiste aux commandes d’un pays à la dérive. Et voilà t-y pas qu’Elie Marouni, député doublement autoprorogé de Zahlé, vient nous expliquer que oui, bon, c’est aussi parfois la faute des femmes.

Ah les femmes, ces salopes affriolantes qui affolent les mâles et les poussent, malgré eux, à commettre l’irréparable.

Si ma grand-mère Najla, magnifique et fougueuse zahliote, était encore parmi nous et avait croisé le bonhomme, ses joues de macho mal dégrossi en auraient gardé la trace pendant longtemps.


© Claude El Khal, 2016

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