Friday, November 4, 2016

Le Liban c’est quoi?

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Le Liban c’est quoi? Un pays, une nation, une République? 10452 kilomètres carrés? Dix-huit confessions, quinze fleuves, trois grands lacs, deux chaînes de montagnes et moult forêts? Un bout de terre coincé entre deux morfales qui ambitionnent d’en faire leur quatre-heures?

C’est quoi? Une histoire tragique? Des morts, des disparus et des survivants? Des souvenirs, heureux et malheureux? Un mensonge, une vérité? Le rêve de quelques-uns, le cauchemar de tous?

Des guerres et des crises? Des ordures partout, de l’eau et de l’électricité nulle part? Des problèmes sans solutions et des solutions porteuses de problèmes à venir? Des boîtes et des restaurants qui ne désemplissent pas? La fête, la bouffe, l’arak et le foie cru au petit-déjeuner? Le hommos, le taboulé et le fromage élastique des knéfés matinales? Du miel, de l’encens, des mosquées et des églises? Des «spadrines», des Louboutin, des calottes et des turbans?

C’est quoi, c’est qui? Un président maronite, un Premier ministre sunnite, un chef du Parlement chiite et une flopée de ministres, de députés, de suiveurs et de clients? Quatre millions et demi d’égoïstes, superficiels et arrogants? Plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants qui n’ont pas de quoi manger à leur faim, pas de quoi se soigner, encore moins de vieillir puis de mourir dans la dignité? Deux millions de réfugiés qui n’attendent plus de rentrer chez eux?

C’est qui? Des saints et des salauds? Des fausses mamelles, des fausses lèvres et des faux culs? Des politiciens véreux et des mères maquerelles? Des paons qui se pavanent et des bécasses qui jacassent?

Le Liban c’est quoi? Des voitures rutilantes et des bagnoles pourries? Des routes cabossées, une mer polluée, des montagnes violées au nom du profit à tout prix? Le seul endroit au monde où on peut skier et nager le même jour? Des richesses obscènes et une misère absolue?

Le Liban, c’est peut-être tout ça, mais c’est aussi tellement plus.

C’est la brise légère du littoral et le vent glacial de la Békaa. C’est l’odeur des pins après la pluie et celle des viandes grillées, le dimanche en famille.

C’est une générosité sans limites, presque de l’abnégation. Surtout chez les plus pauvres qui n’ont rien à offrir, ou si peu, mais qui l’offrent de toute leur âme. C’est un surprenant amour de la vie, trop souvent mêlé d’excès suicidaires. C’est une expérience sociétale extraordinaire, passionnante, un monde en miniature, où cohabitent toutes les contradictions et tous les paradoxes.

C’est une source inépuisable d’inspiration. Une muse sensuelle aux formes affolantes. C’est aussi une cause. La plus belle qu’il m’ait été donné de défendre.

Le Liban, c’est surtout un avenir. Qu’il nous faut construire, ensemble, lentement, patiemment, comme on élève un enfant. Mais faut-il que nous sachions encore élever des enfants.


© Claude El Khal, 2016

Publié dans Magazine - Le Mensuel, novembre 2016

6 comments:

Rick said...

Le Liban, en fait, c'est un petit pays qui sait faire du bruit. Rien de plus

Michel Tamer said...

Le Liban c'est "LA" tabboué pas "LE"...

Anonymous said...

qu'entends tu par juste faire du bruit ? C'est du LIBAN, que vient la CULTURE, l'ALPHABET, la BIBLE, Le COMMERCE, la NAVIGATION, le DROIT etc
Alors, OUI, le LIBAN a tous les droits de faire du BRUIT

Anonymous said...

Non, c'est LE taboulé.

Hassan Ramadan said...

Le Liban.
C'est un peuple divisé, une nation qui n'en est pas une, des confessions qui attendent des injonctions, des ecclesiastiques qui lorgnent le pouvoir, des politiciens qui puent les magouilles, des citoyens dont la citoyenneté se résume à glisser des bulletins pré-payés dans des urnes pré-truquées, une armée qu'on cantonne au rôle de gardien, plusieurs polices qui font le (sale) boulot des ex-milices, quelques plats gras qu'on appelle mezzé et dont on se gargarise dans les Guiness Books, une ou deux sources à moitié désséchées qu'on s'evertue à polluer, une jeunesse perdue qu'on gave de bêtises et niaiseries à l'aide d'une douzaine de bouquins d'histoire, tous plus mensongers les uns que les autres, des zaïms aux rires gras et aux crânes chauves qui croient refaire le monde avec de gros cigares au bec et un rire gras au faciès alors que leurs dames les cocufient avec le plus offrant en matière de sacs Vuitton et foulards Hermès...
Le Liban, c'est aussi une invention de l'Ouest pour caser quelques Chrétiens, puis un protectorat Français pour planter une francophonie désespérée, puis une indépendance toute dépendante de ces féodaux qui s'y plaisent à faire brouter leurs vaches, veaux et moutons, puis un champ de libre-choix et de laisser-faire ou Arabes, Israéliens, et autres peuples honnis ou bannis vinrent faire leurs sales besognes, allant de l'assassinat à la contrebande, puis une série de gueguerres ou meurtres, rapts et génocides qui foisonnèrent et coexistèrent en toute bienveillance...
Le Liban c'est enfin un pays ré-inventé par une floppée de députés gateux dans un coin reculé d'Arabie, dans un cocktail de pognon, de pourriture et de coups bas qui continuent jusqu'à nos jours à puer le luxe et la luxure, sous les naseaux d'une population devenue désormais anosmique tant les miasmes de la servilité lui ont rôdé l'existence.

Anonymous said...

Le Liban est une idee , un mythe mais c'est maintenant que se decide son existence et avenir qui , je l'espere seront a la hauteur de nos aspirations.