Tuesday, January 16, 2018

Iran, un printemps éphémère?

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Photo : AFP/STR/Getty Images


En complément de mon intervention dans le premier Journal du Média (voir le replay sur le site lemediatv.fr), dont le suis aujourd'hui le correspondant au Liban, voici un décryptage plus détaillé pour mieux comprendre ce qui s’est passé en Iran ces dernières semaines.


Que s’est-il passé en Iran et pourquoi est-il important en parler? Et pourquoi ce qui semblait être le début d’un printemps iranien, similaire aux printemps arabes qui ont déstabilisé le monde arabo-musulman, s’est-il peu à peu estompé et a pratiquement disparu de l’actualité?

L’Iran est une puissance régionale dont l’influence politique et militaire s’étend de l’Irak à la bande de Gaza en passant par le Yémen, la Syrie et le Liban. Son importance régionale et internationale vient également de son emplacement géographique stratégique. L’Iran partage des frontières avec des pays comme la Turquie, l’Afghanistan et le Pakistan, il est voisin de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis, et contrôle en partie le détroit d’Ormuz, où passe près du tiers du trafic pétrolier mondial.

L’Iran est aussi un passage obligé de la route de la soie, la voie terrestre qui relie traditionnellement la Chine à l’Europe. Si l’Iran est déstabilisé ou connaît un sort similaire à celui de la Syrie, de nombreux pays, de l’Asie au bassin méditerranéen, en seraient profondément affectés.

Début de révolution ou gronde passagère?

Fin décembre 2017, alors que le monde s’apprêtait à fêter le passage vers la nouvelle année, des manifestations ont eu lieu dans la ville sainte de Mashhad, au nord de l’Iran, pour protester contre le chômage et la vie chère.

Rapidement, des images ont envahi les réseaux sociaux montrant des rassemblements similaires aux quatre coins du pays. En quelques jours, la toile s’est enflammée : on a parlé de slogans hostiles au président Hassan Rouhani et au Guide suprême de la Révolution Ali Khamenei, et favorables au fils du Shah, l’ancien monarque chassé du pouvoir par la révolution islamique de 1979. On a montré des images de violences et d’affrontements avec la police et affirmé qu’une révolution était en marche – une révolution qui pourrait mener à la chute du régime.

Les adversaires de l’Iran, comme les États-Unis, Israël et l’Arabie Saoudite, ont sauté sur l’occasion pour se déclarer solidaire du "peuple iranien qui se bat pour sa liberté". Le président américain, Donald Trump, a appelé à un "changement de régime". L’un de ses fervents supporters a même nommé sur Twitter le gendre du président, Jared Kushner : "futur Shah d’Iran".

Cependant, parmi les images qui ont circulé sur internet, très peu ont pu être authentifiées. Nombre d’entre elles se sont révélées être des fake news. L’exemple le plus frappant est une vidéo intitulée : "300.000 personnes défilent pour la démocratie en Iran", alors qu’en réalité c’était une manifestation de l’opposition à Bahreïn. En regardant la vidéo (cliquez ici), on peut clairement voir le drapeau du Bahreïn et entendre les slogans scandés en arabe et non en persan.

Une véritable guerre des images a ensuite commencé entre les médias officiels iraniens et les opposants au régime, principalement installés aux États-Unis. Les médias officiels ont montré les nombreuses manifestations de soutien au régime qui ont eu lieu dans plusieurs grandes villes du pays. Et diffusé des vidéos de violences attribuées aux manifestants. Alors que les opposants ont insisté sur la répression de la contestation, largement relayés sur les réseaux sociaux par les supporters de Donald Trump. Ce déferlement d’images a donné l’impression que l’Iran se dirigeait vers la guerre civile.

Divisions iraniennes et gesticulations américaines

Curieusement, ce feu qui semblait vouloir tout dévorer a perdu progressivement de son intensité. Une nouvelle révolution iranienne ne semble plus être au rendez-vous. Que s’est-il donc passé? Bien qu’il soit difficile de le savoir exactement, trois éléments peuvent nous fournir un début de réponse.

D’abord, la position de la France qui a pris ses distances avec ses alliés américains, israéliens et saoudiens. En effet, Emmanuel Macron a déclaré en marge de ses vœux à la presse, début janvier, que le discours officiel porté par les États-Unis, l'Arabie Saoudite et Israël est "quasiment un discours qui va conduire à la guerre en Iran". Si le régime iranien était effectivement prêt à s’effondrer, ou si une révolution était véritablement en marche, la France aurait sans doute adopté une position plus prudente.

Ensuite, l’isolement des États-Unis au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU, où la majorité des membres ont estimé que les manifestations en Iran relevaient des affaires intérieures du pays et ont, sans le dire, adopté la position iranienne qui a dénoncé "l’ingérence des États-Unis".

Le troisième élément est l’information non confirmée de l’arrestation de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, et sa mise en résidence surveillée. Le gouvernement iranien n’a pour l’instant pas démenti cette information, et Ahmadinejad n’est plus apparu en public depuis plusieurs jours. Il est cependant difficile d’imaginer que cet ancien membre des Gardiens de la Révolution – les fameux Pasdarans, garde prétorienne de la République islamique – aurait cherché à abattre un régime dont il représente l’aile la plus conservatrice.

Ces trois éléments suggèrent que le mouvement de contestation serait le fruit d’une division au sein même du régime iranien entre ce qu’on appelle les modérés et les conservateurs. Ces derniers auraient instrumentalisé les revendications économiques légitimes des Iraniens les plus défavorisés – qui constituent leur base électorale – pour mettre en difficulté le président modéré Hassan Rouhani, et l’évincer du pouvoir. Puis, sur cette fronde conservatrice de départ, seraient venues se greffer toutes sortes de revendications politiques différentes, souvent contradictoires les unes avec les autres.

Ce qui pourrait expliquer le manque de cohérence entre les différentes manifestations. Certaines réclamant une distribution plus équitable des richesses, et d’autres le retour de la monarchie de sinistre mémoire, ou encore une plus grande libéralisation du système politique et économique. Tout ça aurait entrainé l’essoufflement d’une contestation sans revendications claires et unifiées et sans leadership défini pour la représenter.

Quant à l’exaltation américaine, israélienne et saoudienne, elle serait le fruit de l’aventurisme mal calculé du trio Jared Kushner - Benyamin Netanyahu - Mohammad Ben Salman qui s’est illustré lors de la tentative ratée de déstabilisation du Liban suite à la détention du premier ministre libanais Saad Hariri par l’Arabie Saoudite, et à la reconnaissance unilatérale par les États-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Quoi qu’il en soit, c’est encore trop tôt pour connaître avec exactitude les tenants et aboutissant des évènements de ces dernières semaines. Il faut continuer à observer attentivement l’évolution de la situation en Iran et éviter de se laisser distraire par les gesticulations de Donald Trump – qui ignore sans doute que les grands gagnants d'une éventuelle chute de Hassan Rouhani sont ceux qui traitent les États-Unis de Grand Satan.


© Claude El Khal / Le Média, 2018

1 comment:

Anonymous said...

Malheureusement l'auteur se limite à un énoncé des faits sans parler des vrais malaises de la société iranienne.
L'auteur omet les sujets suivants:
-La forte dévalorisation de la monnaie iranienne survenue en 2017 et toujours en cours en 2018.
-Les prêts toxiques des banques iraniennes qui ne respectent pas les normes internationales de la compatibilité ni de la finance et dont la plupart sont en situation de faillite.
-le fort taux de chômage surtout dans les petites villes iraniennes ou les manifestations ont eu lieu.
-La désertification et le manque de pluie/neige qui détruisent les sociétés rurales et poussent à l'émigration urbaine.
-Les fortes dépenses militaires afin de préserver l'empire iranien qui s'étend jusqu'a la côte libanaise.
-Le clivage Téhéran/petites villes grandissant entre une ville qui profite des politiques actuelles et des petites villes laissées à leur compte.
-Une jeunesse désabusée qui est poussée a la drogue, l’athéisme et l’émigration, cette jeunesse désabusée et laissée pour compte est le fruit de la politique de forte natalité instaurée au début de la révolution.

Il est clair que l'auteur défend dans cet article comme dans d'autres une certaine politique libanaise affiliée à l’Iran et la Syrie en faisant dans cet article en particulier la promotion de la théorie du complot international (Israël, USA, Arabie Saoudite) contre l'Iran.