Monday, July 1, 2019

À vous qui avez accaparé notre République

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Photo: Reuters / Aziz Taher

À vous qui avez accaparé notre République. Qui avez envahi les ministères et les administrations. Qui avez fait du Liban une entreprise que se partagent quelques familles. Une table de jeu où les Libanais sont toujours perdants.

Vous êtes devenus nos geôliers. Nos bourreaux. Vous nous avez appauvri. Vous nous avez affamé. Vous nous avez humilié. Vous nous avez empoisonné. Jamais dans l’histoire contemporaine du Liban, nous n’avons été si méprisés. Même pendant la guerre, même sous les bombes, même dans les abris, nous vivions mieux qu’aujourd’hui. Vous avez tué nos espoirs. Vous avez tué nos rêves. Vous avez poussé nos enfants à fuir et ne vouloir jamais revenir.

Notre Liban est une merveille. Un miracle. Beau comme une oasis. Qu’en avez-vous fait? Un dépotoir à ciel ouvert. Un cimetière. Aussi sinistre que vos sourires quand vos idolâtres vous encensent. Quand ils vous applaudissent et scandent vos noms. Ces idolâtres que vous méprisez. À qui de temps en temps vous jetez quelques pièces. Pour qu’ils continuent à vous obéir. À vous encenser. Et à scander vos noms. Vos noms devenus, pour la majorité d’entre nous, synonymes de chômage, de frigo vide et de manque de tout.

Vous avez sali nos villes. Nos villages et nos forêts. Nos plaines et nos vallées. Vous détruisez notre héritage. Vous détruisez notre culture. Vous détruisez notre mémoire collective. Pour construire des tours en béton. Des tours aussi laides que vos discours. Que vos intérêts et vos ambitions. Que vos disputes et vos divisions.

Vous dites vouloir soustraire le pays d'un abîme dans lequel vous l'avez vous-même plongé. Vous dites vouloir éteindre des feux que vous avez vous-mêmes allumés. Que vous dites vouloir sauver un noyé que vous avez vous-mêmes jeté à l’eau. Vous dites beaucoup de choses. Mais vous ne dites rien. Vos mots sont aussi creux que vos poches sont pleines.

Si vous aviez en vous un reste d’amour pour ce pays, vous vous excuseriez. Vous nous demanderiez pardon. Puis vous rentreriez chez vous. Nous laissant le soin d’entreprendre le plus difficile des chantiers. La reconstruction d’un Liban qui ne vous ressemblera en rien.


© Claude El Khal, 2019